Depuis des décennies, la carrière de nos équipages de la Sécurité civile et des Forces aériennes de la Gendarmerie nationale, aux côtés des secouristes des PGHM, des CRS de montagne et des Groupes montagne des sapeurs-pompiers, nourrit de nombreux récits de secours. Ils racontent des interventions extraordinaires,
parfois miraculeuses, où des vies sont arrachées à la mort, mais aussi des drames qui rappellent la rudesse et l’implacable réalité de la montagne.
Gravement blessé en service le 31 janvier 1989, je souhaite aujourd’hui renouveler mes remerciements les plus sincères à tous les pilotes, mécaniciens avec lesquels j’ai eu l’honneur de travailler en tant que sauveteur au PGHM de Grenoble pendant trois ans, puis à celui de Chamonix durant dix années. Entre nous s’était tissé un lien indéfectible de confiance, de respect et d’amitié.
Je ne compte plus le nombre de fois où vous nous avez sortis de situations critiques doublées de conditions météorologiques dégradées, au cœur des dangers accrus de la haute montagne. Ensemble, nous n’avions qu’un seul objectif
: porter secours aux alpinistes, randonneurs, parapentistes et skieurs en détresse.
Il est des mots qui portent en eux une promesse, un élan, une flamme. L’audace est de ceux-là. Depuis toujours, elle est ce souffle premier qui pousse des femmes et des hommes à se dépasser, à franchir l’invisible, à tenter ce que d’autres jugent impossible. Sans audace, point de progrès. Sans audace, point de liberté.
Mais toutes les audaces ne se valent pas. Car il est une audace orgueilleuse, qui ne cherche qu’à vaincre ou à dominer. Et il en est une autre plus rare, plus pure, plus lumineuse que l’on nomme la noble audace.
La noble audace, c’est celle qui n’a pas pour moteur la vanité, mais la conviction. C’est celle qui s’élève, non pour briller, mais pour servir. C’est celle qui ne se nourrit ni du mépris ni du défi, mais de la foi tranquille dans ce qui est juste et vrai.
Quand je revisite la vie du secours en montagne dans lequel j’ai servi, nous étions faits et ceux d’aujourd’hui de la même façon, pétris d’une noble audace.
Aujourd’hui, ce dont je souhaite témoigner, ce n’est pourtant pas de ce terrible 31 janvier 1989. Ce jour-là, René
Romet et Noël Rivière, aux commandes de leur Alouette III, accompagnés des secouristes Jean-Luc Yvon et Jean-Louis Oustry, venaient me récupérer en urgence absolue sous la rimaye de la face sud de l’Aiguille du Midi alors que je pensais vivre mes derniers instants.
Non, ce dont je veux parler, c’est de cette cérémonie solennelle du 30 avril 2026, organisée par l’École militaire de haute montagne, au cours de laquelle m’a été décerné la Médaille de l’Aéronautique dans le cadre de la remise des galons de sergent à la 88ème section des éclaireurs de montagne. Lorsque je me suis avancé en fauteuil roulant sur la place du Mont- Blanc à Chamonix pour recevoir cette distinction exceptionnelle pour un pilote privé de l’usage de ses jambes, le temps sembla suspendu.
Dans le silence qui accompagnait ce cérémonial, chacun mesurait le chemin parcouru. Bien au-delà d’une décoration, c’était une vie de combat et d’espérance qui était honorée.
Après que le général Vincent Pons, président de la Fédération des soldats de montagne, eut accroché à ma poitrine l’insigne de la Médaille de l’Aéronautique au nom du Gouvernement de la République Française, coiffée du bonnet phrygien sur fond d’émail rouge. Sur le banc des officiels se trouvait René Romet, celui qui, trente-sept ans auparavant, avait contribué à me sauver la vie. Nos regards se sont alors croisés.
J’y ai retrouvé la même étincelle, la même joie de vivre et la même fraternité entre nous que lorsque nous nous sommes connus en 1980. À cet instant se rejoignaient deux moments d’une même existence : celui où tout avait semblé s’arrêter au pied de l’Aiguille du Midi, et celui où la Nation venait reconnaître qu’il est possible de se relever, malgré les blessures les plus profondes, en présence de l’un de ses plus valeureux et brillantissime pilote : René Romet.
Cette distinction constitue une réconciliation avec le destin et une victoire sur le renoncement. Mais elle porte aussi un message qui dépasse ma seule personne : la valeur d’un homme ne se mesure ni à sa force physique ni à sa capacité à marcher. Elle se mesure à sa volonté d’agir, d’apprendre, de s’adapter, de servir et d’assumer ses responsabilités.
Revenir d’aussi loin, au pied même de la montagne qui m’avait presque tout pris, je reçois cette décoration prestigieuse
comme une revanche et la considère comme une consécration, une réhabilitation qui me sort symboliquement de ma condition d’homme handicapé.
Pilote d’avion et d’ultraléger motorisé, 1er pilote avion handicapé qualifié montagne, cette médaille est le fruit d’une somme d’énergies colossales et d’une persévérance portée à son paroxysme. Je ressens une immense fierté de rejoindre à ma manière, la lignée des pionniers français du vol adapté au handicap.
Lorsque la montagne m’a été retirée, le ciel m’a offert un nouvel horizon.
Yves Mathelin
"Dans mon cas, la médaille de l’aéronautique a récompensé les services exceptionnels rendus dans le domaine de l’aviation légère inclusive et a récompensé le mérite dans le développement des sports aériens par des travaux particulièrement intéressants en matière d’aéronautique."
La Médaille de l’Aéronautique récompense toute personne qui contribue, au moment de son attribution, à l’essor ou au prestige de l’aviation civile ou militaire, de la sécurité des transports aériens, des sports aériens, des aérodromes et des entreprises de l’aéronautique ou du domaine spatial.
Elle est remise ce jour à Monsieur Yves Mathelin par le général de corps d’armée en
2ème section Vincent PONS, président de la fédération des soldats de montagne.
Ancien moniteur-guide de l’école militaire de haute montagne, breveté guide de haute montagne et moniteur de ski alpin, acteur de 600 secours au sein des PGHM de Grenoble et de Chamonix, Yves Mathelin chute de 200 mètres, à l’âge de 33ans, lors d’un d’entraînement à l’Aiguille du Midi. Tournant radical dans sa vie, il survit, mais en ressort paraplégique.
S’ensuit ensuite un parcours exceptionnel : création en 1994 de la 1ère école de ski assis en France basée à Chamonix et aujourd’hui, à Combloux, mais surtout un engagement dans un parcours de pilote privé porteur d’un handicap depuis 1991, d’abord aux Mureaux, le seul aéroclub à l’époque disposant d’avions équipés d’une commande manuelle et puis fondateur de l’aéroclub Espéravia à Annecy en 1997 réservé aux personnes en situation de handicap.
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“J’ai poursuivi ma formation et obtenu ma licence de pilote privé avion en 1999. Après avoir accumulé plus de 250 heures de vol, j’ai effectué les baptêmes de l’air au profit de
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Déjà décoré de la Légion d’honneur en 2008, Yves Mathelin reçoit aujourd’hui une distinction qui récompense bien plus qu’un parcours aéronautique : une vie entière tournée vers le dépassement de soi, la transmission et l’espoir. Son parcours continue d’inspirer bien au-delà du monde aéronautique.
Cette médaille est l’aboutissement d’une aventure humaine commencée dans la douleur d’un accident, poursuivie dans l’effort et la conviction.
Une vie de résilience
