Le sauvetage en montagne par hélicoptère
samedi 9 novembre 2019
Les « Cahiers Français d’information », édités par la Documentation Française ont publié, dans leur fascicule du 1er décembre 1955, un article de M. DUJEAN sur le sauvetage par hélicoptère dont on trouvera ci-après de larges extraits :
Dans le cadre de l’organisation de l’aviation civile internationale, la France organise (es recherches et le sauvetage (osqu’un aéronef s’écrase sur son territoire. Celui-ci est lui-même divisé, à ce sujet, en zones de recherches.
Dans chacune de ces zones fonctionne un centre de coordination des opérations de sauvetage, en liaison directe avec les centres de contrôle qui, dans l’espace aérien correspondant, règlent la circulation aérienne.
Cependant une expérience remarquable était lancée au mois d’août 1954, qui devait apporter à cette organisation un complément efficace. Elle concernait l’utilisation de l’hélicoptère comme moyen de sauvetage en montagne. A la demande du ministère de l’Education nationale (Direction générale de la jeunesse et des sports), le Secrétariat général à l’aviation civile et commerciale avait accepté de mettre à la disposition de l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme, l’hélicoptère de son groupement aérien.
De nombreux atterrissages furent réalisés ainsi que plusieurs descentes de blessés (fictifs ou réels), la durée de descente étant ramenée de quelques heures à quelques minutes. Les services officiels, extrêmement intéressés par la réussite de ces expériences, décidèrent de les poursuivre sur une plus grande échelle.

L’Ecole nationale de ski et d’alpinisme bénéficiait ainsi de l’appoint d’engins rapides et maniables aux sauvetages réels qu’elle pouvait être appelée à entreprendre. L’entraînement intensif des équipes de sauvetage pouvait être poursuivi en supprimant, le temps perdu des marches d’approche jusqu’au lieu des exercices. Les pilotes de l’aviation légère de l’Armée, détachés à Chamonix, pouvaient tirer des enseignements techniques nouveaux du pilotage et de l’atterrissage en montagne. En outre, le. Secrétariat général de l’aviation civile et commerciale avait la possibilité de reconnaître dans le massif du Mont-Blanc, un certain nombre d’aires d’atterrissage utilisables en cas d’accidents d’aéronefs.
– Les expériences de sauvetage par hélicoptère d’août 1954 avaient été faites au départ d’un terrain proche du golf de Chamonix et s’étaient avérées difficiles par suite du défaut de dégagement sur deux côtés.
Bénéficiant, d’une part, de cette expérience et, d’autre part, d’une nouvelle résidence de l’Ecole à Chamonix même, le directeur de l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme proposa pour 1955 à l’agrément du Chef de district aéronautique de la région (commandant l’aéroport de Lyon-Bron) un terrain situé au lieu dit « Les Barats », à environ deux cents mètres de l’Ecole. Suffisamment dégagé d’obstacles sur environ cent mètres de rayon, il dut cependant, en raison des fortes pluies de juillet, être drainé puis recouvert sur une partie d’un agglomérat destiné à assurer notamment le passage des véhicules.
Un obstacle important était signalé aux pilotes dès leur arrivée : les câbles du téléférique de l’Aiguille du Midi, à 200 mètres environ et au sud-est du terrain.
Le terrain, bordé au nord par l’Arve et sur trois autres côtés par une clôture de barbelés, fut balisé sur son pourtour par les fanions réglementaires oranges et blancs.
Deux manches à air furent installés, des panneaux d’interdiction furent disposés aux endroits que le public pouvait atteindre.
Deux cercles de 20 mètres de diamètre furent dessinés encore sur le terrain, aux emplacements d’atterrissage.
Un hangar provisoire suffisamment vaste pour loger deux hélicoptères modèle « Bell » fut monté par l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme, sur les directives précédemment données en 1954 par la Section d’études et de coordination S.A.R.
Des engins de signalisation, fusées et fumigènes, furent mis à la disposition des organisateurs et des pilotes.
Les fusées tirées, soit du sol, soit par les pilotes, étaient destinées à parer à tous incidents. Elles ne servirent heureusement qu’à signaler les réussites d’atterrissage sur les aires reconnues.
Les aires sur glacier étaient balisées provisoirement par une poudre spéciale qui teignait la glace en orange.
Le bilan des expériences d’août 1955 se solde par un résultat positif très brillant : plus de 30 aires d’atterrissage repérées au cours d’essais de sauvetage de blessés fictifs (certains de ces essais furent répétés un certain nombre de fois) et plusieurs sauvetages réels effectués. Des caravanes de secours avec médecins, professeurs de l’E.N.S.A. et matériel furent montées en quelques minutes à proximité d’alpinistes accidentés dans la chaîne des Courtes et au Chardonnet. Les blessés ont été descendus et transportés à l’hôpital dans une période de temps comprise entre une demi-heure et trois quarts d’heure. Une descente pénible et douloureuse ne pouvant qu’aggraver leur état et nécessitant plusieurs caravanes de sept à huit heures leur fut ainsi évitée.
Ces manœuvres ont également confirmé le remarquable intérêt de l’hélicoptère pour la recherche des disparus en montagne. Armand Charlet estime qu’après un vol d’une demi-heure, on peut avoir vu autant qu’en deux jours avec trois caravanes de secours.
Au cours de l’été, l’hélicoptère du ministère de l’Intérieur (Service de la Protection civile) a pu se joindre aux deux appareils déjà à pied d’œuvre. Ces trois appareils réunis se sont posés sur une aire d’atterrissage repérée près du refuge du Couvercle, ce qui constitue une première d’un très haut intérêt.
Il faut espérer que ces expériences, dont le succès a été total dans tous les cas, permettront d’étendre ce système de sauvetage car le nombre d’accidents et les difficultés très souvent rencontrées lors du repérage de disparus ou de la descente de blessés rendent nécessaire la modernisation des moyens utilisés jusqu’à ce jour pour le sauvetage en montagne. Source : L’Ami de la nature - Union touristique -1er mars 1956