Le ravitaillement, par hélicoptère, des chantiers de haute-montagne
jeudi 23 septembre 2021
Article paru dans LES AILES du 4 avril 1953 - Au service de l’Electricité de France. Comment un Bell 47 transporta à 1.800 m d’altitude, dans les Pyrénées, en 12h30 d’utilisation, près de 7.000 kg de matériaux et 17 passagers

Le chantier à approvisionner, fermé depuis l’hiver, est situé à 1.800 mètres d’altitude au fond de la vallée du Gave d’Aspé, affluent du Gave de Pau.
Ce chantier est normalement alimenté par un téléphérique partant de la vallée du Gave de Pau, à trois kilomètres du Cirque de Gavarnie. En fin décembre 1952, une avalanche très violente se produisait sur le chantier, ensevelissant un homme et mettant en danger les cinquante-huit personnes formant l’effectif du chantier ; elles durent se réfugier dans les galeries.
L’avalanche détruisit, en même temps, les installations du chantier, le téléphérique et le compresseur.
Le personnel ne pouvait évacuer le chantier qu’à pied, dans des conditions très pénibles et en passant par des couloirs d’avalanches très dangereux.
Un hélicoptère fut alors demandé d’urgence pour ravitailler le personnel et, éventuellement, procéder aux évacuations sanitaires.
Mais, grâce à une amélioration des conditions météorologiques, le personnel put redescendre à pied avant l’arrivée de l’hélicoptère qui fut décommandé.

L’E.D.F. eut alors l’idée d’essayer l’utilisation d’un hélicoptère pour ce travail et étudia ce problème conjointement avec la Société Fenwick.
Au cours d’un voyage d’étude, les 27 et 28 février, M. Jean Moine, de la Société Fenwick, fit une reconnaissance du parcours à ski et choisit, les emplacements de départ et d’arrivée. Il était accompagné de son chef-mécanicien, Robert Rey.
Toutes les dispositions définitives furent alors arrêtées, et la date du 6 mars retenue pour le début des opérations. A l’origine, il n’y avait que deux tonnes de matériel à transporter.
Le 5 mars, l’hélicoptère Bell 47 D1, de l’E.D.F., arrivait en vol à Pierrefitte, à proximité de Lourdes. Jean Moine prenait alors les commandes pour le convoyer à la Centrale Electrique de Gèdre, dans la vallée du Gave de Pau, à cinq kilomètres en aval du Cirque de Gavarnie.
Le lendemain, 6 mars, les opérations commençaient par un vol de reconnaissance. Parti de Gèdre à 8 h10, l’hélicoptère atterrissait peu après au chantier d’Aspé à 1.800 mètres d’altitude. Les conditions météorologiques étaient particulièrement favorables ; le ciel était entièrement dégagé et le vent presque nul.
D’Aspé, l’appareil redescendit à la base de départ située au fond de la vallée du Gave de Pau, à 1.250 mètres d’altitude.
Au cours du premier voyage, M. Prost pilote d’essai du (C.E.V., fut monté au chantier d’Aspé ; pendant toute la journée, il devait surveiller tous les atterrissages et, par signes, donner au pilote toutes les indications nécessaires.

Dès les premiers transports, il s’est avéré plus rapide d’utiliser le crochet, et la plateforme fut démontée.
Pour la mise en place du matériel, une tranchée fut creusée aux deux bases de départ. L’hélicoptère se posait à cheval sur la tranchée. Pendant le vol, les équipes au sol préparaient la charge à emporter, dans la fosse. Elle était accrochée instantanément, dès que l’appareil arrivait.
En vol, les charges pendaient à environ 75 centimètres sous l’hélicoptère, ce qui ne retirait rien à la stabilité de la machine.
A l’arrivée de l’hélicoptère, celui-ci était, immobilisé au-dessus du sol et descendait doucement jusqu’à-ce que la charge touchât la neige.
L’opération le lendemain 7 mars. Le premier voyage fut effectué à 8h35. Jean Moine et Pierre Vincent se relayèrent aux commandes.
Après 5 heures 24 minutes de vol, 2.475 kg de fret avaient encore été transportés, ainsi que onze passagers.
Au total, en 12 heures 39 minutes, y compris les vols de reconnaissance et de convoyage de la base de Gèdre, le Bell.-47-D.l a transporté 0.945 kg. et dix-sept passagers, dans le sens de la montée, et redescendu environ 800 kg de fret et dix-sept passagers.
L’opération a suscité un vif intérêt, non seulement parmi le personnel de l’E.D.F., mais également parmi tous les spécialistes de l’hélicoptère on France.
Le Centre d’Essais en Vol de Brétigny avait délégué M. Petit, ingénieur d’essais, chargé des hélicoptères.
M. Prost, qui dirigeait la manœuvre, faisait alors un signe pour commander le largage, et le pilote libérait de son chargement.
La durée moyenne d’un aller et retour s’établit en 11 minutes.
Les charges maximum transportes furent de 200 kilos.
Le deuxième jour, une tonne de filment fut transportée en 58 minutes.
Tous les trois ou quatre voyages, l’hélicoptère atterrissait au chantier d’Aspé pour prendre les cordages et les redescendre à la base de départ.
Sur le parcours, l’appareil devait Passer à 2.300 mètres pour avoir une marge de sécurité suffisante mr le massif séparant les deux vallées, dont certains sommets sont à 2.100 mètres.
Fa montée s’effectuait, on moyenne, en huit minutes, et le retour en trois minutes. La descente, très ra-
A la fin du premier jour, l’hélicoptère a décollé du chantier d’Aspé avec son pilote et deux passagers : MM. Petit et Prost, du C.E.V.
Le premier transport fut effectué à 9h03. A 13h40, le Bell avait transporté les deux tonnes de matériel initialement prévus par l’E.D.F.
Devant le succès de l’opération, il fut décidé de continuer. Pierre Vincent, pilote de l’E.D.F., relaya Jean Moine aux commandes. Il était lui-même accompagné de son mécanicien, Georges Garnier.
Le dernier voyage fut effectué à 18 heures, et l’appareil fut ramené à la Centrale de Gèdre où il était garé la nuit.
Au cours de cotte première journée, 3.470 kg furent transportés, ainsi que six passagers. Ces chiffres ne comprennent pas le tonnage transporté dans le sens de la descente
L’Armée de Terre était représentée par trois officiers artilleurs, pilotes d’hélicoptères, les Capitaines Petitjean et de Jerphanion, et le Lieutenant de Marque.
Le Ministère de l’Intérieur avait délégué le Commandant Curie, Directeur de l’Ecole de formation du personnel de la Protection Civile, grand spécialiste des questions de sauvetage par hélicoptère, et qui venait de rentrer de 1a Hollande.
Le succès de l’opération permet d’envisager l’utilisation à grande échelle de l’hélicoptère pour les transports de ce genre en haute-montagne.
Le prix de revient, tout en étant encore relativement élevé, est cependant plus avantageux que. celui du transport par mulet. Pour les petits transports, il est également moins (...)
