Base école 725 : La formation des pilotes d’hélicoptères

jeudi 17 août 2023

La Base école 725 - Article Aviation magazine du 16-08-1956 par Jean PERARD
Aix-les-Bains, ville d’eaux et centre touristique important constitue avec ses montagnes et le lac du Bourget un des paysages les plus agréables de la Savoie. Depuis le début de cette année, ce décor splendide sert de toile de tond à la première école de pilotage d’hélicoptères de l’armée de l’air. L'emplacement de la base 725 avant sa construction en 1936 avec le lac du Bourget en arrière-plan - Photo DRIl s’agit de la base école 725 dont la division d’instruction hélicoptère (D.IJI.) est l’une des principales spécialités. Située à mi distance d’Aix-les-Bains et de Chambéry à l’extrémité sud du lac du Bourget, entre le mont Retard et le Nivolet d’une part, et la Dent du Chat d’autre part, cette école de pilotage ne pouvait trouver meilleure situation pour l’instruction de ses élèves. La proximité des montagnes en fait un terrain d’entrainement excellent pour les pilotes destinés aux régions accidentées d’Algérie.

Créée en janvier 1956 par le capitaine Santini, la division instruction hélicoptère a pour but de former sur hélicoptères, légers et moyens, des officiers et sous-officiers déjà titulaires d’un brevet de P.N. ou ayant au minimum accompli l’instruction élémentaire au pilotage des avions.
La grande majorité des élèves, ainsi que des moniteurs, sont d’anciens pilotes ayant déjà un nombre d’heures de vol important sur avions classiques.
Actuellement beaucoup d’élèves sortent directement de l’école de Marrakech.
D’ailleurs, nombreux sont les instructeurs et stagiaires qui pilotaient. il y a encore peu de temps, des « Mistral » ou autres appareils à réaction et qui, actuellement, aussi paradoxal que cela puisse paraître, passent bon nombre d’heures à faire du vol stationnaire ou à faible vitesse au « ras des pâquerettes ».
D’aucuns ont déclaré que les pilotes d’hélicoptères étaient le rebut de l’armée de l’air, cette affirmation est toute gratuite. car il suffit de se rendre compte du travail opérationnel effectué pour se persuader de l’absurdité de ce raisonnement. Malgré tout, certains pilotes d’avions à réaction ne pouvant plus répondre aux exigences de l’aptitude physique, se trouvent ainsi « déclassés » et versés dans des formations de liaison ou d’hélicoptères : dans ce cas le mot rebut perd son sens péjoratif.
La D.I.H. se charge de la formation des moniteurs, ainsi que de leur perfectionnement.
Comme il a été dit plus haut, ces moniteurs sont d’anciens pilotes et ont participé à la campagne d’Indochine, chacun d’eux totalise d’ailleurs un minimum de 500 heures de vol sur hélicoptère.
Quant à l’instruction au sol, elle est effectuée soit par des moniteurs pilotes, soit par des spécialistes. Entre Sikorsky S-55, S-51 et un Bell 47G stationnés sur le tarmac de la BE 725 - Photo DRautres les cours de mécanique de vol et d’aérodynamique appliquée à l’hélicoptère sont donnés par des ingénieurs stagiaires accomplissant leur service militaire à la base. L’un d’eux a collaboré à la réalisation et à la mise au point des hélicoptères Alouette I et II. L’utilisation des compétences a du bon.
Examinons maintenant le programme d’instruction. Auparavant il serait toutefois utile de passer en revue le matériel utilisé au cours de l’application de ce programme.
Le matériel utilisé par la D.I.H. est de provenance américaine ou construit sous licence en Europe : Sikorsky (Westland) : Bell-Agusta). Tout d’abord dans l’ordre de progression du programme, l’école utilise des hélicoptères légers Bell 47 G. ou Hiller H 23.
Ensuite, suivant sa spécialisation, l’élève vole sur Sikorsky S-51 puis sur Sikorsky S-55.
Un certain nombre de Sikorsky S-55 utilisés actuellement par l’école proviennent de la société aérienne belge SABENA qui les mis à la disposition de l’armée de l’air depuis le conflit d’Algérie. Ces appareils portent encore les couleurs de la compagnie, ce qui ajoute une tache gaie parmi l’uniforme kaki des autres appareils.
Un Sikorsky S-55 "civil" en provenance de la SABENA ; en arrière-plan les hangars de la BE 725 - Photo DRCes S-55 « civils » totalisent plus de 4.000 heures de vol et n’en continuent pas moins leurs services du matin au soir, preuve de l’efficacité les services d’entretien et de mécanique de la base.
Tel est l’essentiel des matériels actuellement utilisés. L’école doit recevoir dans un proche avenir des hélicoptères lourds Sikorsky S-58 et un peu plus tard, des appareils à turbine Alouette II.
Pour permettre à tout ce matériel de fonctionner correctement, la D.I.H. possède un service d’entretien et de réparations qui a fait ses preuves. Des vérifications et des contrôles nombreux sont effectués sur les hélicoptères qui sont des appareils bien plus complexes mécaniquement que des avions. Jusqu’à présent les services d’entretien n’ont pas été obligés de remédier à de gros incidents mécaniques. Et depuis sa création, la D.I.H. n’a pas eu un seul accident à déplorer. ce qui somme toute, est une belle référence.
Pour l’instruction-sol. les élèves disposent de salle de cours, salle de documentation, dont les murs sont couverts de photos, plans, vues éclatées et écorchées des divers éléments des appareils qu’ils auront à piloter.
Ce programme comprend deux phases : 1) une phase « commune » ; 2) une phase « de spécialisation ».
Au cours de la phase commune, le stagiaire fait connaissance avec l’hélicoptère, i ! effectue environ 60 heures de vol en double et en solo à bord d’un Hiller H 23 ou d’un Un Sikorsky S-55 durant un exercice avec échelle de corde - Photo DRBell 47 G : le premier travail au moniteur est de faire exécuter à son élève le vol stationnaire, ce premier résultat est obtenu après 6 à 7 heures de double ; viennent ensuite les tours de piste, la précision d’atterrissage, le travail au ras du sol en effectuant diverses évolutions. Viennent ensuite les descentes en autorotations de différentes altitudes, ainsi que des vols comportant la mise en œuvre de moyens de sécurité (pannes simulées. etc.).
Parallèlement aux exercices de vol. l’instruction au sol comprend des cours de mécanique de vol et d’aérodynamique appliquée à l’hélicoptère. L’étude du matériel utilisé, météo. Des interrogations et des tests permettent de se rendre compte si l’élève assimile bien l’instruction reçue ; de plus, une instruction militaire vient s’ajouter à ces cours déjà nombreux.
Notons également que l’éducation physique n’est pas absente de ce programme ; bien que l’aviateur n’aime, paraît-il, pas marcher, des marches en montagne, avec étude de la topographie des environs sont également prévues.
A la fin de cette phase commune d’une durée de quinze semaines, l’élève passe ensuite dans la phase « de spécialisation » qui comporte deux catégories :
A) La catégorie « légers » sur Bell 47 G.
B) La catégorie « moyens » sur Sikorsky S-55.
L’affectation du stagiaire dans une de ces deux catégories dépend de son aptitude au cours de la phase commune.
Dans la catégorie « légers » l’élève aura encore 20 heures de vol à effectuer au cours desquelles il se familiarisera avec le vol d’Operations. le vol en montagne, le vol de nuit et les exercices de sauvetage aéro-terrestre et aéro-maritime.
Evidemment, l’instruction au sol viendra compléter la formation du pilote dans cette catégorie.
Il faut donc 80 heures de vol pour former un pilote d’hélicoptère léger pouvant être utilisé en opérations.
En ce qui concerne la catégorie « moyens ». l’élève repasse en double sur Sikorsky S-51 pendant 10 heures, pour s’accoutumer à un appareil plus lourd ; ensuite 30 heures de vol en double et en solo seront nécessaires à bord d’un Sikorsky S-55.
Le programme est sensiblement le même que dans la catégorie « légers » (vol opérations, vol montagne, vol de nuit. etc.), avec, de plus, quelques heures de vol sans visibilité, sans oublier les exercices de sauvetage. Dans l’instruction au sol, des cours sur l’étude du matériel (S-51, S-55) sont également nécessaires.
Il est envisagé très prochainement, un stage de mécaniciens navigants, seconds pilotes.
Le programme d’instruction comprendra, les cours au sol de la catégorie « moyens » Un Sikorsky S-51 stationné sur la DZ de la BE 725 - Photo DRauxquels seront ajoutés des cours et des travaux pratiques sur S-51 et S-55.
L’instruction pilote demandera 50 heures de vol. L’avantage de cette formule est de faire gagner un pilote par équipage. En effet, actuellement l’équipage d’un S-55 est composé d’un premier pilote, d’un copilote et d’un mécanicien. En utilisant cette formule, l’équipage se composera d’un premier pilote et d’un copilote mécanicien.
Pour l’avenir, il est également prévu une troisième catégorie, celle des hélicoptères lourds, le matériel utilisé sera le Sikorsky S-58.
Un bilan édifiant : depuis sa création (janvier 1956). une promotion de pilotes est déjà sortie ; une autre est en cours d’instruction et actuellement le cap des 1.000 heures de vol par mois est franchi. Voilà qui en dit long sur l’organisation de l’école et la valeur technique et morale de ses chefs et de son personnel et constitue pour l’avenir un gage certain de complète réussite.

Capitaine Alexis SANTINI
Le capitaine Alexis Santini à son bureau de la BE 725 au Bourget-du-Lac - Photo DRCommandant la Direction instruction hélicoptère de la BE 725.
Pilote d’hélicoptère depuis 1949.
2.000 heures de vol.
Campagne d’Indochine au cours de laquelle il effectua plus de 1.000 évacuations sanitaires et se chargea également de l’instruction des pilotes.

De retour d’Indochine en 1955. Le capitaine Santini fut appelé en Algérie puis rappelé en France où il mit sur pied et organisa l’école de Chambéry en janvier 1956.

Lieutenant Henri BARTIER
L’un des 5 premiers pilotes d’hélicoptères en France.
900 heures de vol en 560 missions. Campagne d’Indochine.
1.300 blessés évacués. Au cours d’une évacuation à Dien-Bien-Phu un obus de mortier lui arracha une jambe.

Après 2 ans d’immobilisation. le lieutenant Bartier est un des premiers à rejoindre la base de Chambéry en janvier 1956.

Article Aviation magazine du 16-08-1956 - page 10
Article Aviation magazine du 16-08-1956 - page 11

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.