Le dernier vol du Dragon - 30 ans de secours héliportés dans les Pyrénées

mercredi 22 décembre 2021

"CODIS 64 de DRAGON 64, nous décollons de la base hélico pour un secours à..."
On peut déjà imaginer la scène car elle aura forcément lieu dans un proche avenir. Le temps sera ensoleillé, peut être nuageux. Qu’importe. Alerté par téléphone, l’équipage de l’Alouette III de la Protection civile se précipitera vers l’hélicoptère rouge. Et, en quelques minutes, tel une énorme libellule, DRAGON 64 s’envolera pour une nouvelle mais ultime mission de secours. L’hélicoptère n’est pas neuf mais encore capable d’effectuer de nombreuses heures de vol. Pourtant, norme européenne oblige, depuis le 1er avril 1998, l’usage d’appareil mono-turbine est interdit pour les transferts inter-hospitaliers, le survol des zones urbaines, les vols de nuit et l’atterrissage sur les hélistations. Autant dire que, malgré leurs performances inégalées, les appareils comme l’Alouette III sont condamnés à prendre une retraite anticipée. Le retard pris par la France pour renouveler sa flotte d’hélicoptères équipant les services de secours de la Protection civile et de la Gendarmerie Nationale va retarder de quelques mois l’échéance fixée par les autorités européennes. Quoi qu’il en soit, le dernier vol du DRAGON mettra fin à une véritable aventure humaine qui aura marqué l’histoire du secours en montagne dans les Pyrénées et les Alpes, comme dans de nombreux autres massifs du monde entier.

L’Alouette III : l’hélico-montagne par excellence...
Pour effectuer des missions de secours en montagne, les avantages de l’hélicoptère sont relativement évidents. Pour un pilote expérimenté, les vallées les plus reculées, les précipices les plus profonds, les parois rocheuses les plus abruptes ne représentent jamais des endroits inaccessibles. Il suffit d’un moindre replat pour pouvoir déposer des secouristes et embarquer un blessé.
Lorsque le relief ne permet pas un atterrissage rapide tout se passe en vol stationnaire et à l’aide d’un treuil. Le passage par la voie des airs permet aussi de s’affranchir des distances. On ne parle plus de kilomètres mais de minutes de vol. Or, quand une vie humaine est en danger et qu’il faut abréger des souffrances chaque seconde à son importance. Ainsi, en décollant de la base de l’aéroport de Pau-Uzein, il faut pas plus d’une heure de vol pour atteindre les hautes vallées des Pyrénées occidentales et assurer un transport médicalisé rapide vers les hôpitaux du Piémont.
À ces performances qui sont le lot commun de presque tous les hélicoptères, il faut ajouter celles spécifiques à l’Alouette III qui a acquis de véritables lettres de noblesse dans le domaine du secours en montagne. Bien que de technologie déjà ancienne - l’appareil a été conçu en 1959 - cet hélicoptère reste, encore aujourd’hui, une référence en la matière. D’ailleurs, lorsqu’ils parlent de l’Alouette III, les secouristes et les pilotes Le pilote Claude Clochard aux commandes de l'Alouette 3 Dragon 64 - Photo DR INAqui l’ont utilisée évoquent tous une machine exceptionnelle, très résistante, capable de voler à très haute altitude et dans des conditions extrêmes en conservant toute sa maniabilité. Des milliers de missions et de personnes secourues ont forgé cette réputation.

En 1970, appelées au secours des populations victimes du tremblement de terre du Pérou, les Alouette III de l’armée française avaient réalisé des évacuations sanitaires à des altitudes records qu’elles ont été les seules à atteindre. Claude Clochard, pilote professionnel d’hélicoptère à la Sécurité civile depuis 25 ans totalise plus de 14 000 heures de vol sur Alouette III. Dans les Pyrénées, il se souvient avoir effectué des missions de secours en montagne par des vents supérieurs à 100 km/h et à plus de 3000 m d’altitude.
Dans de telles conditions et malgré les turbulences, “aux commandes de l’Alouette III, rien de désagréable ne se produit”. “En août 1983", poursuit-il, “alors que j’effectuais un treuillage en paroi au cirque d’Estaubé, j’ai reçu une chute de pierres dans le rotor. Avec un mètre de moins sur une pale et quatre-vingts centimètres sur les deux autres, le rotor ne s’est pas arraché et j’ai pu négocier un atterrissage en catastrophe dans une cuvette 500 m plus bas. J’ai sauvé ma vie, celle du mécano et par miracle celle du secouriste qui était resté suspendu au filin”.
De telles histoires marquent la carrière d’un pilote. Elles renforcent aussi la confiance que l’on peut avoir dans la machine.

L’aventure pyrénéenne du Dragon
Pour Jean-Louis Lumpert, ancien commandant de la base de la Protection Civile de Pau-Uzein, plusieurs dates ont marqué l’histoire toute récente des secours héliportés dans les Pyrénées. La première correspond à l’arrivée de la première Alouette III affectée à Pau. C’était très précisément le 15 juillet 1971. Alouette 2 F-ZBAC Protection civile (Dragon 64) posée à Urdos en mai 1966 - Photo DRLa base de Pau existait depuis 9 ans mais n’était encore équipée que d’une Alouette II. Trois jours plus tard, le 18 juillet 1971, l’équipage Lumpert-Perez accompagné des secouristes CRS Forgues et Cattaï, réalisait un premier secours en Alouette III dans le cirque de Gavarnie au col du Cylindre. La troisième date, le 7 septembre de la même année, correspond au premier hélitreuillage effectué dans les Pyrénées. Ce secours ne s’est pas déroulé en haute-montagne mais dans le massif du Pibeste qui domine Argelès-Gazost. La personnalité du randonneur retrouvé sain et sauf - il s’agissait d’un Cardinal - était à la hauteur de cet événement qui ne fit date que pour ses principaux acteurs : l’équipage Lumpert-Perez accompagné cette fois des CRS Cassou-Lens, Duplan et du chien Clinquant. Evoquant ce treuillage mémorable, le commandant Lumpert insiste sur l’évolution considérable procurée par la généralisation de cette technique d’évacuation. Ayant activement participé à sa mise au point alors qu’il dirigeait la base d’Annecy, il se rappelle aussi du confort qu’a entraîné le passage du filin de 20 m à celui de 40 m. "Cela peut paraître anecdotique”, nous dit l’ancien pilote, “mais en paroi ces 20 m en plus nous ont permis de treuiller d’un peu plus haut et prendre du recul par rapport aux rochers. Ce progrès technique intervenu dans les années 86-87 représente aussi un moment important...
Enfin, dernière date, le 10 octobre 1981 l’équipage Clochard-Perrin effectuait une autre première pyrénéenne en réalisant un secours de nuit au Mont-Perdu. “Nous savions que le temps allait se dégrader et qu’une colonne à pied mettrait plusieurs heures pour secourir la victime. Le ciel était étoilé, alors nous n(avons pas hésité...” confie Claude Clochard.

Revenons à la fin des années 60 et au début des années 70. À l’époque la randonnée en montagne n’était encore l’affaire que de quelques initiés. D’ailleurs la présence d’un équipage de la Protection civile dans la capitale béarnaise n’était pas immédiatement liée à la proximité du massif pyrénéen mais également au plan d’organisation des secours autour du complexe de Lacq. Seules quelques missions d’assistance aux bergers fournissaient l’occasion de faire des sorties en montagne. En fait, si les secours héliportés tels que nous les connaissons aujourd’hui étaient rares - ils commençaient seulement à se développer dans les Alpes - l’idée de sécuriser le massif pyrénéen avec des moyens aériens était en train de germer dans l’esprit de certains. Le Docteur Prunet et surtout François Didelin, deux anciens présidents de la Société de Secours en Montagne des Hautes-Pyrénées, allaient ainsi jouer un rôle prépondérant dans cette modernisation du secours en montagne.
Tout va s’accélérer... avec l’avènement des congés payés en Espagne !

L’afflux de nouveaux montagnards provoqua une recrudescence des accidents de montagne qui ne tardèrent pas à augmenter côté français également. Dépourvues de moyens aériens les autorités espagnoles Alouette 3 F-ZBAL Sécurité civile Dragon 64 lors d'un hélitreuillage avec brassière au-dessus du refuge des Sarradets après 1975 - Photo Jean-Michel Théasacceptaient bien volontiers que la protection civile française intervienne sur le versant sud des Pyrénées. Et, il n’était pas rare que l’Alouette rouge fasse des incursions de plus de 100 km de l’autre côté de la frontière. “Je garde de très bons souvenirs de cette époque” nous dit Jean-Michel Théas, actuel président de la Société de Secours en Montagne des Hautes-Pyrénées, ancien médecin au SAMU 65. “Nos homologues espagnols ont toujours été admiratifs et reconnaissants. Il faut dire que nous intervenions sur les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes- Pyrénées, la Haute-Garonne, une partie de l Ariège et tout le versant espagnol correspondant... Les secours se succédaient. Surpris par la nuit, il nous arrivait même d’être obligés de passer la nuit en Espagne. C’est ainsi que j’ai eu l’honneur d’être présenté au Roi Juan-Carlos...” Le bilan de ces premières années de secours en montagne n’est pas seulement fait de souvenirs. Car elles ont aussi permis de développer des techniques qui ont fait école. Contrairement à ce que disent les alpins, c’est dans les Pyrénées qu’ont été définis les principes de la Médicalisation du Secours en Montagne.

Jusqu’en 1973, l’hélicoptère n’était considéré que comme un moyen de transport. Très rapide, il permettait de faire en quelques dizaines de minutes ce que des colonnes de secours à pied n’auraient pu faire qu’en plusieurs heures. Mais tout ce temps gagné ne suffisait pas à sauver la vie des montagnards gravement blessés qui pouvaient décéder pendant leur évacuation. L’hélico-ambulance devenait un sinistre corbillard. Dans la thèse de médecine de Jean-Michel Théas on apprend que c’est sous l’égide du Professeur Lareng, chef du département d’anesthésie-réanimation du CHU de Toulouse et fondateur des Services d’Aide Médicale Urgente, que la Médicalisation du Secours en Montagne a été mise en place(3). L’idée reprenait celle qui avait prévalu lors de la création du SAMU. Ce n’est plus l’accidenté qui doit aller vers l’hôpital mais l’hôpital qui va vers lui. Par contre, on ne se déplace pas en haute montagne comme sur la route. Pour ne pas être considérés comme des passagers encombrants et inutiles, les médecins du SAMU ont dû gagner leur place dans l’hélico, aux côtés de l’indispensable équipage (1 pilote et 1 mécano-treuilliste) et des secouristes (gendarmes, CRS ou pompiers...) qui ne voulaient pas trop laisser la leur. Quand on sait qu’il n’y a que 5 places dans l’Alouette III, on comprend facilement que l’arrivée du médecin impliquait que quelqu’un d’autre restât dans la vallée. La chose n’est pas toujours facile à accepter pour des montagnards chevronnés spécialement entraînés. Ceux qui ont connu cette époque se souviennent qu’il y a eu quelques heurts au début mais la raison l’a vite emportée. L’officialisation de la Médicalisation du Secours en Montagne y est pour beaucoup mais c’est surtout à l’entraînement et en mission que des médecins comme les Docteurs De Boysson, Heib ou Théas ont su se rendre indispensables. Qui d’autre que des spécialistes de la réanimation et des pathologies traumatiques pouvait réaliser de vrais diagnostics, assurer les premiers soins, conditionner les blessés et réguler l’ensemble des secours ?
Depuis le 23 juillet 1973, date du premier secours en montagne médicalisé(4), cela fait donc exactement 25 ans que les hommes en blanc accompagnent les hommes en bleu dans l’hélicoptère rouge.

30 ans de secours héliportés dans les Pyrénées : quelques chiffres pour un bilan en forme de palmarès
Jean-louis Lumpert et Claude Clochard totalisent plusieurs milliers d’heures de vol en Alouette III. En 25 ans de carrière dans les Pyrénées, avec leurs équipages, ils ont secouru près de 4500 personnes ! Malgré les chiffres les deux pilotes restent modestes. Tous les hommes qui font ce métier sont modestes. Car c’est en partie leur modestie qui les fait rester en vie. “Quand on part pour un secours”, raconte Claude Clochard, “on part un peu vers l’inconnu.. On a beau connaître les moindres recoins d ’un massif. Chaque mission a ses dangers. En quelques minutes l ’ensemble de l ’équipe passe du repos à une situation de stress. On peut rester toute une après-midi à jouer aux cartes et tout d ’un coup le téléphone sonne. En quelques instants nous sommes à plus de 2500 m d ’altitude, mon mécano et moi dans un hélico ballotté par les vents, nos partenaires de belote accrochés à la paroi.
Par contre c’est souvent le manque de modestie de randonneurs peu expérimentés qui provoque la plupart des accidents de montagne. En vingt ans leur nombre a été multiplié par trois. Dans les Hautes-Pyrénées, durant l’été 1978, il y a en eu 55. En 1996, on en comptait plus de 160 dont 123 qui ont nécessité l’intervention des hélicoptères de la Protection civile ou de la Gendarmerie nationale. Depuis qu’ils sont en service, les deux appareils assurent la plupart des secours. Au mois de juillet 1991, et en l’espace d’une semaine de permanence à Gavarnie, Alouette 3 F-ZBDK Sécurité civile Dragon 64 lors d'un hélitreuillage avec la civière Piguillem - Photo Jean-Michel ThéasDRAGON 64 et son équipage ont effectué 28 sorties soit près de 20 h de vol. Au mois d’août de la même année et toujours en l’espace d’une semaine, le nombre total de sorties s’élevait à 22, le nombre total d’heures de vol à 26, 25 h 45 très précisément. Le bilan de cette activité de secours témoigne d’un été particulièrement tragique : 6 morts et 42 blessés... À quelques exceptions près (les années 90-92), les statistiques de la Société de Secours en Montagne des Hautes-Pyrénées montrent que l’augmentation des accidents en montagne s’est faite de façon régulière. Cette évolution n’est pas uniquement quantitative, elle est aussi qualitative. Aujourd’hui, les médecins ont plus à traiter des pathologies médicales que des pathologies traumatiques. La raison en est simple. L’accès à la montagne et à la haute montagne s’est tellement démocratisé qu’il s’est un peu banalisé. Les gens oublient dans quel milieu ils évoluent et quels en sont les dangers. Des personnes d’un certain âge, faussement sécurisées par leurs bilans de santé, sont victimes de malaises cardiaques causés par l’altitude et les efforts qu’elles viennent d’effectuer. “Il nous est même arrivé d ’évacuer une femme enceinte qui s’était rendue au refuge des Sarradets par l’itinéraire du col du Boucharo !” s’étonne encore Jean-Michel Théas. À côté de ses imprudences, il y a la malchance des pyrénéistes chevronnés. Celle qui provoque les accidents de montagne les plus graves et les secours les plus engagés. Là encore l’Alouette III rend bien des services. Flirtant avec sa limite de puissance, un bon pilote peut lui demander presque l’impossible. Les secours peuvent se succéder, les conditions climatiques s’aggraver, l’appareil répond à toutes les sollicitations. C’est une des qualités de l’Alouette III que les pilotes de montagne ont du mal à retrouver sur d’autres appareils même beaucoup plus récents. “Cette machine allie puissance et maniabilité. Pour faire tenir un hélico en l’air, il faut de la puissance et de la vitesse. Mais lorsque l’on ait du treuillage en vol stationnaire, seule la puissance du moteur est disponible” explique Jean-Louis Lumpert. Avec sa turbine Artouste, le DRAGON peut facilement suspendre son vol, permettre les treuillages les plus difficiles et, à la limite, laisser son pilote négocier un “crash” contrôlé. À secours et situations extrêmes, solutions extrêmes...

Et après les Alouette III ?
En réalisant cet hélicoptère, les concepteurs des Alouette III qui équipent la Protection Civile et la Gendarmerie Nationale depuis plus de 30 ans ont placé la barre si haute que pendant plusieurs années les professionnels du secours en montagne ont eu bien du mal à trouver un appareil susceptible de le remplacer. Le pilote Patrick Claquin aux commandes de l'EC 145 (anciennement BK 117) Dragon 64 - Photo DR France 3Après plusieurs campagnes d’essais, le choix s’est porté sur un hélicoptère biturbine construit par la société Eurocopter. À l’horizon des années 2000, le BK 117(5) sera donc à son tour peint en rouge. Ses lignes et la forme de son habitacle n’ont pas grand chose en commun avec celles des Alouette III. Cependant, de l’avis des pilotes comme Claude Clochard qui ont participé aux essais du BK 117, cet appareil a des capacités qui sont loin d’être négligeables : treuil plus long et plus puissant, soute à passager plus grande et plus spacieuse, équipements pour le vol aux instruments... Pourtant, on lit déjà dans le regard des pionniers des secours héliportés que toutes ces performances ne leur empêcheront pas de regretter les prouesses et la silhouette si familière des premiers DRAGON anges gardiens de nos montagnes.

Merci à Messieurs Claude Clochard, Jean-Michel Théas et Jean-Louis Lumpert pour toute l’aide qu’ils ont apportée à la réalisation de ce texte. Il leur est dédié ainsi qu’’à tous les équipages des DRAGON qui ont sillonné le ciel des Pyrénées...

Bruno Charlier - Pau, le 4 juin 1998

Notes
(1) CODIS 64 et DRAGON 64 sont respectivement les indicatifs du Centre Opérationnel Départemental d’incendie et de Secours des Pyrénées-Atlantiques et de l’hélicoptère de la Protection Civile basé à Pau.
(2) Le tout premier hélitreuillage en mission de secours en montagne a été réalisé dans les Alpes le 7 août 1967 par l’équipage Graviou-Rouet.
(3) Il existe actuellement à l’Université de Toulouse une unité de recherche sur la “Médecine d’Urgence en Montagne” dirigée par le Professeur Virenque.
(4) Cette mission a été effectuée par l’équipage Debliquy-Perez et le docteur De Boysson. Le premier treuillage d’un médecin a été effectué le 5 août 1973 au Néouvielle avec l’équipage Debliquy- Martinez et le docteur Heib.
(6) Source gallica.bnf.fr / Musée pyrénéen de Lourdes
(7) La France a effectivement passé commande de 32 appareils hélicoptères Eurocopter fin août 1998.

Extrait : Pyrénées : organe officiel du Musée pyrénéen du Château-fort de Lourdes, de la Fédération franco-espagnole des sociétés pyrénéistes, du G.P.H.M. / Société des amis du Musée pyrénéen

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